Ce projet a été mené à la chambre grand format, le long du littoral turc longeant la mer Noire, depuis Istanbul jusqu'à Hopa, dernière ville avant la Georgie. Karadeniz signifie "Mer Noire" en turc.
Recep Tayyip Erdogan venait alors d'être nommé premier ministre de la Turquie, et présentait une certaine ambivalence : il s'était construit une image de maire jeune et dynamique d'Istanbul quelques années auparavant, et venait de fonder l'AKP, parti islamo-conservateur et nationaliste qui se prétendait toutefois à l'époque comme encore modéré.
Son profil incarnait et menaçait à la fois cet équilibre particulier à la Turquie, tendue entre la "modernité" politique farouchement laïque imposée par Atatürk dans les années 1920, et l'importance symbolique et religieuse donnée à l'Islam, en tant qu'ancienne capitale de l'Empire ottoman.
Alors invité à parcourir ce pays durant deux mois, j'avais cherché à en explorer photographiquement, par l'observation et les rencontres, par le paysage et le portrait, cet état de transition, cet équilibre précaire et ces contradictions apparentes propres à la société turque.
Karadeniz a fait l'objet d'une exposition au centre culturel turque ACORT, lors des Rencontres photographiques du 10e, à Paris en 2005.
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