L'espace de ce projet est la forêt de Fontainebleau, vue comme un territoire fantasmé, support depuis le XIXe siècle de recherches photographiques et picturales, autant que de projections mystiques.

Moi-même fasciné par cette forêt, j'ai entrepris des recherches sur son histoire, et notamment sur C.-F. Denecourt, qui l’a consacrée sous le second Empire comme lieu de randonnée et de tourisme, particulièrement inspiré par ses mythes et par les peintres du paysage de l’Ecole de Barbizon.
M’interrogeant également sur l'origine de mon medium, j’ai posé mes pas dans ceux des premiers photographes s’étant aventurés sur ce territoire : notamment Georges Balagny, qui y a expérimenté le procédé sur pellicule à partir de 1877. Ce nouveau support, le film « nitrate », allait devenir 10 ans plus tard celui de la photographie de tout le XXème siècle, par la grâce de Kodak et de son credo : « You press the button, we do the rest »...
Petit à petit,  j’ai articulé mon travail à la rencontre de ces deux figures : si elles n’ont pour point commun que la forêt de Fontainebleau, elles me semblent raconter toutes deux un aspect de ce long XIXe siècle, qui a posé les bases de notre environnement, de notre rapport à la nature, au paysage, ainsi qu'à l'art et la technique photographiques.
"D’après nature" explore ainsi la dimension construite du paysage photographique : la forêt peut-elle à nos yeux être autre chose qu’un « paysage », genre inventé au XVIe siècle, et dont celle de Fontainebleau a été un théâtre privilégié ? Où est encore la nature, sous les couches successives de ses représentations ?
Et qu'est-ce que ce processus de sacralisation peut nous apprendre sur le respect qui lui est dû ?

Toutes photographies : Vincent Lambert
Textes de Claude-François Denecourt et Georges Balagny

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